Lors du deuxième conflit mondial, les troupes américaines livrèrent bataille contre l’armée allemande en Afrique du Nord. Au Maroc, pour stopper la progression des soldats américains, les allemands firent sauter tous les puits de la région de Casablanca. Le général Patton et ses troupes qui venaient de débarquer dans la ville furent aussitôt confrontés au grave problème de l’alimentation en eau. En plein désert, le manque d'eau est plus dangereux que le feu des armes ennemies!

Sourcier


Aussi le commandant américain envoya des géologues qui étudièrent le sous-sol du désert. Les soldats du génie creusèrent aux endroits susceptibles d’être aquifères mais n'obtinrent aucun résultat. L’étude géologique était insuffisamment complète pour permettre de localiser de façon rigoureuse la présence d'eau souterraine. Les troupes furent alors alimentées en eau par des camions citernes venus de la côte mais cette solution ne pouvait être que provisoire du fait de la quantité d'eau nécessaire et du long trajet des véhicules jusqu'au désert. Il fallait se rendre à l'évidence ; les allemands avaient touché le point sensible et l'armée américaine était bloquée sur Casablanca.

 

La solution à ce problème fut apportée par le capitaine Ralph Harris. Pendant sa jeunesse, cet ancien agent immobilier californien avait appris l'art du sourcier avec son grand-père, en Virginie. Engagé dans l'armée américaine en 1941, Harris gravit rapidement les échelons. Il fut promu au grade de capitaine et débarqua au Maroc, au sein de l’armée commandée par le général Patton. Conscient du problème d'approvisionnement en eau et fort de ses qualités de sourcier, le capitaine demanda une entrevue auprès du général Patton. Comme on peut l'imaginer, le rendez-vous fut excessivement difficile à obtenir, mais eut lieu pourtant, et cela fort heureusement pour le cours de la guerre.

Voici l'entretien entre les deux hommes :

 

- Patton (après que le capitaine Harris lui eût expliqué sa possibilité de trouver l'eau avec une baguette de sourcier) :

« De quoi avez vous besoin capitaine ? »

 

- Harris « Tout ce dont j'ai besoin c’est une baguette de saule fourchue »

 

- Patton (il décroche son téléphone de campagne et appelle le commandant des forces aériennes)

« Je veux que vous fassiez amener un saule par avion et dans les plus brefs délais. »

 

- Patton (à nouveau, car son interlocuteur avait sans doute émis une réserve désobligeante quant à cette demande plutôt inhabituelle)

« Non, je ne suis pas fou!Je veux un saule!Je me fiche pas mal de savoir où vous vous le procurerez , mais il m'en faut un et illico presto ! »

 

Un saule entier arriva par avion dès le lendemain et le capitaine Harris n'eut que l'embarras du choix pour couper une branche fourchue afin de se confectionner une baguette de sourcier. Il se rendit ensuite en plein désert et commença sa détection sourcière.

Il lui fallut peu de temps pour mettre en évidence une importante veine d'eau qui coulait sous ses pieds. Un colonel du génie se rendit aussitôt sur place et contesta la possibilité de la présence d'une rivière souterraine. Bien que sceptique, il ordonna la réalisation d'un forage à l'endroit indiqué par le sourcier, car ce dernier avait l'appui du général Patton. Le forage fut un succès et l'armée américaine put enfin s'approvisionner en eau au plus proche de la zone du combat. L'eau fut trouvée à 215 mètres de profondeur avec un formidable débit de 7 600L/min !!

 

C’est avec sa bonne humeur habituelle que le capitaine Harris dira plus tard :

« Je n'ai jamais été récompensé pour mon travail. J'aurai dû être promu commandant. Si j'avais demandé cette faveur au général Patton , je pense qu'il me l'aurait accordée. C'était un homme rude, mais juste et c'était un génie. »

 

Récit tiré du livre "Histoires extraordinaires de sourciers", Thierry Gautier, éditions Ouest France